Visiter un musée ou aller au cinéma est de plus en plus facile pour les handicapés
Le 12 mai 2012, par la direction du Nouvel Obsevateur.
Profiter du dernier
blockbuster quand on est sourd ou apprécier un Delacroix quand on est aveugle, autant d'activités culturelles de plus en plus ouvertes aux personnes handicapées même si les associations
aimeraient que les choses aillent plus vite.
Gaumont Pathé a lancé en avril des séances sous-titrées pour les
sourds, qui ont pu ainsi suivre les aventures du "Marsupilami", à raison de deux séances par semaine.
"Avec le numérique, c'est beaucoup plus simple" techniquement de
passer des films sous-titrés, explique Jean-Pierre Decrette, directeur du développement du réseau. D'autres cinémas s'étaient déjà lancés, notamment avec "Intouchables", qui met en scène un
personnage tétraplégique.
Mais il reste du chemin à faire: en 2010, sur 270 films français
sortis, six étaient sous-titrés, selon le site internet CineST. Ils étaient huit en 2011.
La loi de 2005 sur le handicap exige un accès de tous "les biens et services"
pour les personnes handicapées. En 2015, les bâtiments recevant du public devront être accessibles: relativement simples pour les accès physiques (ascenseurs...), les choses sont plus floues pour
l'accès aux oeuvres ou aux spectacles.
Pour le président de l'Association des Paralysés de France (APF) Jean-Marie
Barbier, "toutes les séances et tous les films devraient être accessibles".
De même, "pas question d'être parqués dans un coin de la salle" quand on est
en fauteuil roulant, poursuit-il, jugeant primordial que les personnes handicapées soient "au milieu des autres".
A l'Opéra de Bordeaux, deux places pour fauteuils roulants sont prévues quand
la loi en exige vingt. Mais les travaux sont en cours, précise Frédéric Tréjaut, responsable des services intérieurs. Il rappelle que le théâtre, ancien, est soumis à des contraintes
architecturales et de sécurité.
Les malvoyants, quant à eux, peuvent pour certaines représentations être
équipés d'écouteurs. Dans l'oreille, une personne en régie, leur décrit ce qui se passe sur scène: c'est l'audiodescription.
Car, si opéra et théâtre sont "très accessibles aux aveugles", explique
Frédéric Le Du, administrateur de l'association Accès Culture, il faut bien "donner des éléments de décors et de costumes" ou indiquer "qu'un personnage est entré sur scène sans dire un
mot".
Une centaine de spectacles par an sont ainsi accessibles, grâce aux
prestations de l'association, qui coûtent au maximum 4.000 euros.
Le 15 mai, le Théâtre national de Bretagne donnera ainsi "Cendrillon" en
langue des signes tandis que le 29, les spectateurs sourds pourront assister à "Une puce, épargnez-la" de Naomi Wallace à la Comédie Française avec un surtitrage individuel sur tablette
électronique.
Au Louvre, le mécénat privé a permis l'ouverture de la "galerie tactile" en
1995, qui permet de toucher des moulages de sculptures ou de bas-reliefs.
Conçue à l'origine pour les malvoyants, elle sert aussi beaucoup aux enfants,
explique Michel Lo-Monaco, chargé du public handicapé, qui organise également des "visites descriptives" ou en langue des signes dans le reste du musée. Le Louvre reçoit 1.000 groupes d'une
vingtaine de personnes handicapées chaque année, dont beaucoup de personnes handicapées mentales.
A la demande des visiteurs aveugles, "les conférenciers prennent soin de ne
pas décrire que les oeuvres mais aussi les salles", précise-t-il.
Et pour faire apprécier un tableau ? "On se sert de reproductions en relief,
thermoformées", explique M. Lo-Monaco.
"Le monde de la culture est en général un milieu de gens plus ouverts" que
d'autres sur la question, juge Jean-Marie Barbier, mais cela repose encore trop sur les bonnes volontés individuelles, déplore-t-il.
Source : Le Nouvel Observateur, 12 mai 2012